Le journalisme dans tous ses Etats

Couverture médiatique du procès d’Anders Breivik: un bouton contre l’infobésité

In News on 18 avril 2012 at 01:48

Très régulièrement, voire même de plus en plus souvent, les médias sont accusés d’en faire trop. Et en effet, dès lors qu’un événement important survient, une chasse au scoop et à l’info exclusive est lancée. On assiste alors à une véritable surenchère médiatique due à une concurrence de plus en plus rude entre les médias. Sauf que cette fois-ci, cette surmédiatisation pose doublement problème: faut-il offrir une tribune à Anders Breivik en couvrant le procès d’une manière aussi intensive? La question est sur toutes les lèvres en ce moment.

Anders Behring Breivik faisant son salut d’extrême droite à son arrivée au tribunal, le premier jour de son procès. L'image a fait le tour du monde en peu de temps.

« Tout se déroule selon le plan de Breivik. » Voilà le titre choc qu’avait choisi jeudi dernier le quotidien norvégien de gauche Klassekampen. Le journal rappelait ainsi que, dans son manifeste de 1500 pages, Anders Behring Breivik écrivait: « Un procès est une occasion en or et une plate-forme parfaite pour un templier afin de rejeter publiquement l’autorité et l’hégémonie d’un régime marxiste culturel. » Et en effet, le meurtrier norvégien, à l’origine de la mort de 77 personnes le 22 juillet 2011 à Oslo et sur l’île désormais tristement connue d’Utoeya, n’a jamais caché vouloir faire de son procès une tribune à travers laquelle il pourrait diffuser ses idées au monde entier. Dans une lettre que le quotidien norvégien VG s’est récemment procuré, Anders Breivik écrivait que ce « cirque » était « une occasion absolument unique pour expliquer [ses] idées au monde ». Autrement dit, il a eu ce qu’il cherchait. Anders Breivik a d’ailleurs particulièrement apprécié le dernier rapport d’expertise psychiatrique qui, il y a tout juste un semaine, l’a déclaré comme étant responsable de ses actes et lui a ainsi valu de comparaitre devant les juges du palais de justice d’Oslo, et ce durant les 10 prochaines semaines.

Deux norvégiens sur trois considèrent que les médias en font trop

Dans ce contexte là, on comprend aisément que certains norvégiens se posent la question de l’utilité d’une telle médiatisation de cette affaire. Selon le journal Le Monde, un sondage a récemment révélé que deux norvégiens sur trois estiment aujourd’hui que les médias ont déjà beaucoup trop parlé de Breivik depuis le 22 juillet dernier. Et 46% des journalistes du pays seraient d’accord avec le public à ce sujet. L’une des rescapés de la tuerie, Stine Renate Haaheim, une députée travailliste de 27 ans, a d’ailleurs confié à l’agence Associated Press qu’elle redoutait que l’énorme couverture médiatique du procès n’offre justement à Breivik l’attention et la tribune qu’il désirait tant.

1500 journalistes et techniciens du monde entier à Oslo

Et lorsque cette rescapée parlait d’une énorme couverture médiatique, elle ne grossissait pas les faits… Plus de 220 rédactions, norvégiennes mais aussi étrangères, ont accrédité pour l’occasion 1500 journalistes et techniciens afin de suivre le procès. Et si on ajoute à cela les quelques 150 000 articles sur la tuerie d’Anders Breivik qui avaient déjà été publiés par les journaux norvégiens à la fin de l’année 2011… Imaginez un peu combien on en dénombrera à la fin du procès (en juillet prochain, un an après les faits). Quand trop d’info tue l’info, on parle d’infobésité.

Certes, cette couverture massive pourrait s’expliquer par le caractère exceptionnel de l’affaire dans un pays comme la Norvège. Le procès Breivik est en effet le plus important depuis la Seconde Guerre mondiale dans ce pays. Ceci explique cela. Mais pour certains, ça ne suffit pas à justifier un tel tapage médiatique. Surtout lorsqu’on sait pertinemment que le coupable n’attend que ça.

  1. Share
    Est ce que les média pourraient arrêter de faire de la pub a Anders Breivik ? Il attend que ça de jouer sa star devant les caméras. #moutons
    Mon, Apr 16 2012 09:43:12
  2. Share
    #breivik this guy is clearly using his crime to promote his outlandish beliefs. Would be better to have a media blackout. #lockinsolitary!
    Tue, Apr 17 2012 06:09:13
  3. Share
    #Abb #Breivik blah blah, can’t the media please change their topic…
    All the newspapers in norway have him on the front page. ALL OF THEM
    Tue, Apr 17 2012 06:04:38
  4. Share
    The media keep saying they will not let Breivik broadcast his views but they keep showing him, his salute, and tell us about his views #doh
    Tue, Apr 17 2012 05:32:22
  5. Share
    Why is the mainstream media giving #Breivik such a massive platform and all this airtime again? Who decided this is what the public wants?
    Mon, Apr 16 2012 10:09:55

Un bouton contre l’infobésité

Alors la solution serait-elle finalement de laisser le choix aux lecteurs? Leur laisser le choix de suivre ou non le procès et ce qu’il s’y dit? C’est le pari qu’a fait l’une des publications majeures du pays: Dagbladet. Le site du journal offre en effet aux internautes la possibilité de cliquer sur un simple bouton pour avoir accès à une version de la page d’accueil dénuée de toute information sur le procès Breivik.

Capture d'écran du site d'information norvégien Dagbladet, réalisée le 17 avril 2012

Capture d'écran du même site d'information, réalisée le même jour, juste après avoir cliqué sur le bouton de filtrage.

D’une page remplie et surchargée de papiers sur le sujet, on passe à une page constituée d’articles sur des sujets divers et variés, sans aucune trace de Breivik. Un procédé assez étonnant, qui n’a pour le moment été observé qu’au moment du mariage du prince William en Grande-Bretagne: The Guardian avait alors lui aussi mis à disposition un bouton filtrant permettant d’accéder à une version du site dite « royal wedding free ».

Le rédacteur en Chef de Dagbladet, Espen Egil Hansen a expliqué vouloir protéger les victimes et leurs proches en mettant en place un tel dispositif. « Certains veulent lire et d’autres non », a-t-il conclu. Pourtant, ce n’est pas l’avis de tous les médias norvégiens. Le Aftenposten a par exemple fait le choix de ne pas offrir cette possibilité à ses lecteurs. Le rédacteur en Chef numérique, Skjalg Engebø, s’en explique également: « C’est l’histoire la plus importante que nous n’ayons jamais couverte. Cela fait partie de notre métier de couvrir cette affaire. »

Malgré des réticences encore évidentes pour ce genre de boutons filtrants, les initiatives comme celles-ci pourraient bien se multiplier, afin de répondre aux critiques de plus en plus présentes de surmédiatisation. Car offrir la possibilité aux internautes de choisir de suivre ou non une affaire ou un événement très (voire trop) présent dans les médias apporterait un certain juste-milieu: on couvre l’événement pour ne pas risquer de se faire écraser par la concurrence, mais on permet à ceux qui considèrent que les médias en font trop de suivre l’actu sans tomber systématiquement sur une page d’accueil surchargée d’articles sur le sujet.

Mon pearltree sur le sujet.

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